risques psychosociaux

LES RISQUES PSYCHOSOCIAUX : LEUR IMPACT, LEUR ORIGINE.

Les discours et publications se multiplient autour de ce qui s’est érigé en un temps record comme «un problème de santé publique majeur». Ce rapport entre l’individuel (culture, savoir-faire,…) et le social (relations entre les travailleurs, employeur compris), questionne le type d’articulation  qui existe entre contraintes et ressources d’une situation de travail.

LES CHIFFRES

«Les risques psychosociaux au travail» sont définis, aujourd’hui en France, par un cadre légal et social formalisé grâce à des accords signés par les partenaires sociaux[1]. Ils sont donc rentrés dans la catégorie des risques professionnels au travail imposant à l’employeur de veiller à la protection de l’intégrité physique et psychique de ses salariés.  Les RPS désignent «le stress pathogène»[2] lié à l’ensemble des facteurs organisationnels (horaires de travail, lieux, moyens humains et matériels, type de hiérarchie,…) et relationnels internes et externes à l’entreprise.

Le stress serait responsable de plus de 50% de l’absentéisme dans les entreprises avec un surcoût évalué en 2002[3] à 20 milliards d’euros pour l’Europe des 15. Plus d’un travailleur sur cinq de l’Union déclare souffrir du stress[4] et un salarié sur cinq en France, ressent de l’hostilité dans les comportements relationnels au travail[5].  41% des salariés interrogés se déclarent assez ou très stressés et jusqu’à 57% pour les cadres supérieurs[6]. Le coût des soins (maladies liées au stress, accidents,…), de la perte de richesse (absentéisme, baisse de qualité,…), de la cessation d’activité et des décès prématurés est évalué entre 2 et 3 milliards d’Euros  pour la France[7].

La situation économique des établissements où travaillent les salariés du secteur privé détermine en partie les risques psychosociaux auxquels ils sont exposés[8]. Dans les établissements «en crise» ou « flexibles », les salariés expriment une plus grande insécurité de l’emploi, un travail plus intense avec des marges de manœuvre réduites (projection à court terme,…), ce qui génère des rapports sociaux plus tendus que dans des établissements «stables».

LES ORIGINES

Les transformations technologiques ont entraîné des transformations psychosociales et ont développé des organisations de travail différentes, modifiant le rapport au travail. La durée, les contenus et les modes d’organisation plus complexes où «le décideur principal» est rarement «visible» obligent également à un dialogue social dispersé. Les contraintes liées à la multiplication des procédures, des rapports, des évaluations, des consignes et des règlementations agissent sur les relations interprofessionnelles et réduisent le temps « perçu » de « productivité ». La charge mentale liée à la concurrence effrénée et à la précarité des emplois ne fait qu’accentuer l’ambivalence du rapport au travail, source de plaisir et de souffrance.

Sous l’entité RPS sont regroupés pelle mêle stress, harcèlement moral et/ou sexuel, pression des clients, cadences élevées, TMS, dépression, suicide avec l’idée implicite que l’individu subirait passivement les contraintes de l’organisation du travail… Or grâce à sa singularité et à sa capacité à innover l’homme pétri de son histoire personnelle et socioprofessionnelle, imprime «sa» manière de faire son métier[9] et d’être en relation avec le Monde. Cette « signature » est le résultat toujours évolutif de sa contribution à une œuvre sociale réalisée avec d’autres, pour d’autres et en fonction d’autres.

L’HOMME ET LE TRAVAIL

Le travail peut être un instrument privilégié pour s’accomplir et soutenir la construction identitaire et être également révélateur pour chacun, de potentialités parfois cachées. Cette communauté d’individus où je peux développer des apprentissages, des modes de coopération et des possibilités de gagner de la reconnaissance me permet d’être confronté aux effets sociaux que produisent mes actes. Le regard de l’autre, aussi fondamental que le travail dans notre construction, me reconnait «acteur» et donne du sens à ma participation. Nos trajectoires de vie s’inscrivent dans une histoire collective en référence à des expériences passées et à venir construisant et renouvelant ainsi mes manières d’agir. Pour élaborer et dépasser les conflits et les incertitudes liés à sa vie socioprofessionnelle, le travailleur pas seulement réductible à son travail, pas plus que le demandeur d’emploi n’est réductible à son chômage, peut, sous certaines conditions, mobiliser dans ses autres sphères d’activité et de sociabilité des motifs et des moyens, des soutiens et des références.

Créateur de biens, de service et plus largement de culture, le travail est donc constructeur de santé quand l’entreprise ou la collectivité permet de mobiliser des marges de manœuvre individuelles et collectives. La mise en débat des gestes professionnels au sein de l’entreprise au travers d’un cadre pragmatique permet de convoquer l’engagement et de restaurer le sens donné au travail et à la capacité d’agir ensemble ; les difficultés de l’un sont aussi les difficultés de l’autre…

Dans cette perspective, plutôt que de vouloir soigner les individus, il s’agit bien de soigner le travail, dans le sens d’en prendre soin[10] et de traiter avec attention ce que les travailleurs (dirigeants compris) disent de leurs difficultés à réaliser  un travail de qualité[11].

Dans nos prochains articles nous traiterons des processus qui conduisent à la perception d’une souffrance ainsi que des espaces d’intervention susceptibles d’améliorer la qualité de vie au travail, source de performance globale.

Frédérique CHOPINAUD – Consultante Santé au travail et hors travail

[1] Accord Nationale Interprofessionnel sur le stress au travail.
[2] Qui impacte la santé.
[3] Source ANACT 2013.
[4] Source Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (OSHA).
[5] Enquête Sumer de 2010 (DGT/Dares).
[6] Enquête Anact-CSA – semaine de la qualité de vie au travail – 2009.
[7] Source : INRS – étude réalisée en 2010 basée sur des chiffres de 2007.
[8] DARES 2015 – Risques psychosociaux et situation économique des entreprises.
[9] Y. CLOT Stylisation du genre professionnel
[10] Fernandez, 2009
[11] Molinié, Volkoff, 2000


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.